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1894

LE MARGAT

Jean RICHEPIN

Engourdi de froid sous ma capote, Battu par la pluie et par le vent, Je regardais l’eau qui sur l’avant En paquets d’embrun saute et clapote.

La mer était dure, et par dessous Se gonflait avec d’étranges râles. Les flots ténébreux et pourtant pâles Avaient dans la nuit l’air d’hommes soûls.

Dire que cette onde est maternelle ! Au creux des remous, puis au sommet. Voguait un margat. Il y dormait, Calme, ayant sa tête sous son aile.

Pare à prendre un ris ! Deux ris ! Trois ris ! La brise plus bas vient de descendre. Les flots maintenant couleur de cendre Font de gras rubans moirés de gris.

Nous allons danser. La lame est brève. Combien boiront là leur dernier coup ! Mais l’oiseau, son aile sur son cou, Sans se réveiller poursuit son rêve.

Ô mer, à la fois rage et douceur, Qui saura jamais ton âme entière ? Ce qui peut nous être un cimetière Est pour le margat un nid berceur.

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