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1894

LE DERNIER OCÉAN

Jean RICHEPIN

Pour immense qu’il soit, l’Océan diminue. Car la force par quoi notre globe a durci. Lente et sure, le fait se contracter aussi, Pendant qu’il s’évapore en brumes vers la nue.

À toujours s’exhaler son âme s’exténue, Et son corps se condense à la longue épaissi. Jadis ce vert manteau couvrait tout, et voici Que bientôt l’on verra la Terre à moitié nue.

Puis viendra l’heure où vieille, édentée et sans crins, Elle n’en aura plus qu’un haillon sur les reins. Un lambeau d’Océan, lourd, gras, frangé de crasse Et dans le sale ourlet de ce pagne visqueux

Grouilleront les derniers survivants de ma race Comme des poux collés à la loque d’un gueux.

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