Lorsque je serai mort, mignonne, Je ne veux pas être enterré, Car ma chair ne serait pas bonne Pour engraisser l'herbe d'un pré.
J'ai trop pleuré. Tu t'en iras chez les orfèvres, Portant dans un coin de ton drap Ma mâchoire, mon nez, mes lèvres,
Mes yeux que ta main séchera, Et cætera. Tu diras : « Voici l'héritage Que m'a laissé mon cher amant.
Las ! il n'avait pas davantage, Mais tout cela vaut bien vraiment Un diamant. » Et comme leurs bouches épaisses
Riront de nous et de ce troc, Tu mépriseras ces espèces, Et tu laisseras là leur stock D'objets en toc.
Mais tu feras de tes mains prestes Avec quelques fils de laiton, Des bijoux taillés dans mes restes Pour ton doigt, ton oreille, et ton
Rose téton. Mes lèvres rouges comme braise. En cercle dur s'arrondissant, Autour de ton doigt qui les baise
Formeront un éblouissant Anneau de sang. A tes oreilles délicates Mes yeux jaunes scintilleront
Ainsi que de claires agates, Et de tout près contempleront Ton beau col rond. Mes dents, collier de perles fines,
Aimant tes seins, iront entre eux Juste au milieu des deux collines, Ainsi qu'un ruisselet pierreux Dans un val creux.
Mais au lieu de la croix chrétienne, Comme un rubis plein de soleil Tu pendras au bout de leur chaîne Mon nez que mes pleurs au réveil
Ont fait vermeil. Et, parée ainsi qu'une idole, Prenant pour avirons mes bras Et ma carcasse pour gondole,
Aussi loin que tu le pourras Tu vogueras, Remontant, à la découverte De nos anciens paradis,
Le fleuve où, noyés sous l'eau verte. Flottent nos amours de jadis. Deprofundis !
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