Ah ! je suis une canaille !
Je ne sais rien garder pur.
J'avais un carnet d'azur
Avec des coins en écaille ;
Sur le papier japonais
Plus fin qu'une peau de rousse.
Fleurissait toute une pousse
De rondeaux et de sonnets ;
Comme une bande écolière
Les vers peuplaient ces buissons ;
Le carnet plein de chansons
Avait l'air d'une volière ;
Mais un matin, j'étais fou,
Pour que son bec la saccage
Je fais entrer dans la cage
La jalousie, un hibou.
Et tous mes chanteurs d'aurore
Ont été mangés par lui.
Les plus alertes ont fui
Et je les attends encore.
Sur mon carnet, sur le sol
Où s'effeuillaient lis et roses,
Sur ces délicates choses
J'ai versé du vitriol.