Dans un verger d'avril tout peuplé de fleurs brèves
J'ai dépouillé gaîment l'arbre où croissent les rêves.
Avec un beau ruban du bleu le plus coquet,
Pour porter sur mon cœur j'en ai fait un bouquet.
Puis je l'ai mis dans l'or, au milieu de ma chambre
Qu'il emplissait d'anis, de miel, de poivre et d'ambre.
J'ai humé les parfums capiteux et subtils
Et j'ai mêlé ma bouche au pollen des pistils.
Je me suis endormi soûl d'un sommeil étrange,
Pendant lequel j'ai cru que j'épousais un ange.
Tous ses désirs étaient pour les miens complaisants,
Et le songe a duré des jours, des mois, des ans.
Mais lorsque je me suis réveillé de mon somme,
L'ange était une femme et se moquait de l'homme ;
Et mon bouquet splendide, avec son rêve fou,
Était noir et fané comme un bouquet d'un sou.