Skip to content
1877

LA FORGE

Jean RICHEPIN

Dans la forge qui s'allume Tu chantonnes en forgeant Avec un marteau d'argent, Et mon cœur est sur l'enclume.

En veux-tu pour le bourreau Faire une tranchante épée ? Que la lame en soit trempée Avec mes larmes pour eau.

En veux-tu pour ta poitrine Faire un bijou délicat ? Cherche au centre, où se piqua Ton image purpurine.

En veux-tu faire des clous ? Lors il faudrait que tu prisses Pour modèles tes caprices Ou bien mes soupçons jaloux.

Veux-tu l'arrondir en sphère ? C'est le mouler sur ton sein. Mais ton désir assassin Le forge pour n'en rien faire.

Tu ne veux que t'amuser, Et tu frappes, forges, cognes, Pour voir mon cœur que tu rognes Sur ton enclume s'user ;

Et tu ris comme une folle, Quand, sous ton marteau vainqueur. Du bloc rouge de mon cœur Le feu vivant qui s'envole,

Pétillant, éblouissant. Semant d'étoiles la forge. Vient éteindre sur ta gorge Ses étincelles de sang.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LA FORGE · Jean RICHEPIN · Poetry Cove