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1894

LA FALAISE

Jean RICHEPIN

La falaise en forteresse Blanche et rigide se dresse, Et du haut de ses remparts, Ô vagues, elle se raille

De vos escadrons épars Écrasés à sa muraille. En vain vous la menacez De vos coups jamais lassés,

De vos troupes toujours fraîches ; La garnison pas à pas, Vous laissant ouvrir vos brèches, Recule et ne se rend pas.

Parfois, doublant votre rage, Bat le tambour de l’orage, Sonne le clairon du vent. Vous galopez d’une traite.

Au galop ! Sus ! En avant ! Vous escaladez la crête. Les talus sont arrachés, Des pans de sol, des rochers.

La vieille se démantèle, Et voici de toutes parts Que s’émiettent devant elle Les créneaux de ses remparts.

Dans sa muraille éventrée Votre irrésistible entrée Va, creuse, élargit son trou, Bondit, massacre, renverse,

Brèche suprême par où Il pleut des morts en averse. Mais ces cadavres croulants Embarrassent vos élans ;

Car la plage est toute pleine D’un monceau d’estropiés Où vos chevaux, hors d’haleine S’abattent pris par les pieds.

Et toujours la forteresse Blanche et rigide se dresse, Puisque sans peur ni remords Pour briser vos cavalcades

C’est avec ses propres morts Qu’elle fait des barricades.

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