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1877

LA CHANSON DES CHANSONS

Jean RICHEPIN

J'ai vu les prés, les bois, les étangs, les buissons, Et les petits oiseaux m'ont appris leurs chansons. Je sais, faisant rouler dans ma gorge une perle, Flûter comme un bouvreuil et siffler comme un merle.

Je connais le refrain des cailles dans le foin, Et des perdreaux perdus qui s'appellent au loin. Je peux dire d'un trait la cantilène douce Que file la mésange en dansant sur la mousse.

J'ai retenu la gamme aux bonds capricieux, Trilles de l'alouette en fusant vers les cieux. Je répète la brusque et stridente ariette Du pinson, du linot et de la mauviette.

J'imite jusqu'aux cris éclatant tout à coup Du geai, du loriot, du pivert, du coucou. J'ai gardé sûrement au cœur de ma mémoire La romance de la fauvette à tête noire.

Enfin j'ai su noter la merveille des voix. Le grand air tout entier du rossignol des bois. Comment donc se fait-il quêta voix me paraisse, O mignonne, plus belle et plus enchanteresse ?

Pourquoi tous ces concerts me semblent-ils moins doux Que ta parole quand je suis à tes genoux ? O maîtresse, ta voix gaie, amoureuse et tendre, Ces chanteurs aimeraient eux-mêmes à l'entendre.

Viens voir les prés, les bois, les étangs, les buissons. Je veux que les oiseaux apprennent tes chansons.

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