J’ai vu celui que rien ne figure,
Qui sans se montrer vient comme il part,
Qui court partout et n’est nulle part,
Qui remplit le ciel d’une envergure.
J’ai vu celui qui passe à travers
L’espace en chantant et qui s’envole
Sans que jamais de sa chanson folle
On ait entendu le dernier vers.
J’ai vu celui dont la voix farouche,
Plus haut que la foudre et que les flots
Jetant des cris, poussant des sanglots,
Rugit sans poumons, souffle sans bouche.
J’ai vu rouler parmi les remous,
Ceux de la nuée et ceux des vagues,
Comme une tête aux prunelles vagues,
Et des mains sans bras aux gestes mous.
J’ai vu celui qui n’a point de face,
Et qu’on cherche en vain d’un œil hagard.
Car aussitôt qu’on a le regard
Arrêté sur lui, brusque, il s’efface.
Insaisissable, obscur, décevant,
Je m’imaginais le voir, le rendre ;
Mais au moment où j’allais le prendre,
Je ne l’ai plus vu. C’était le vent.
Pourtant, il est. Il respire. Il clame.
Il dit quelque chose. Écoutez !… Si !
Écoutez mieux. N’est-ce pas ceci :
— La terre est un corps, et j’en suis l’âme.