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1877

L'IDÉAL

Jean RICHEPIN

La poésie est non pas Un idéal qu'il faut suivre Bien haut, bien loin, tout là-bas ; Mais c'est d'aimer et de vivre.

En cherchant la toison d'or Les héros perdent la rive. En aimant, pendant qu'on dort La fortune vous arrive.

Sans écorcher du hoyau Une terre racornie, On découvre maint joyau Dans notre Californie.

O chercheurs, vous descendrez Aux puits où l'or met son trône. Moi, dans des cheveux cendrés Je prends des mèches d'or jaune.

Lorsque le désir rougit Le satin de sa peau pâle, Je baise l'endroit où gît Cette chatoyante opale.

Sous quel roc en soupirail. Dans quel flot, mer qui déferles, Sas gencives de corail Ont-elles mordu leurs perles ?

Et quel diamant phénix Venu du pays des jungles Vaut le clair et dur onyx De ses roses petits ongles ?

Et ses yeux bleus, dont le ton Est changeant, chez quels artistes, Chez quels rois les trouve-ton. Ces saphirs pleins d'améthystes ?

Et ses rires, ses chansons, Quel grand cristal de Bohême Est plus pur, plus riche en sons, Plus vibrant, que ce poème ?

Ah ! son espoir triomphant Est une verte émeraude. Dans ses colères d'enfant L'éclair d'une gemme rôde.

Et mon sang sur ses habits Fait une mer purpurine De grenats et de rubis Ruisselant de ma poitrine.

O rêveurs que l'idéal Dans les nuages enrôle Pour le vaisseau boréal Qui cherche à trouver le pôle,

Mineurs qui vers le nadir Vous enterrez dans le sombre Peur voir enfin resplendir Un filon qui fuit sous l'ombre,

Que sont vos pierres, vos ors, Vos richesses à vous autres ? Pauvres fous, tous vos trésors Ne valent pas un des nôtres.

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