A quoi bon insulter l'amour quand il s'en va ? Quand il quitte le seuil, insulte-t-on son hôte ? S'il ne fut pas aussi constant qu'on le rêva, N'est-ce pas notre faute ?
L'avons-nous bien gardé des besoins, de l'ennui ? A-t-il trouvé chez nous les choses qu'il préfère ? N'a-t-il pas à se plaindre ? Avons-nous fait pour lui Tout ce qu'il fallait faire ?
Je crois avoir donné pourtant tout ce que j'ai. Il eut toutes les clefs sans aucune défense. Je ne ménageais rien pour qu'il fût hébergé Comme un ami d'enfance.
Il mangeait à son gré, buvait comme un sonneur. Autant qu'il en voulait, de mon vin délectable. Je le faisais asseoir à la place d'honneur Au bon bout de la table.
Je lui laissais cueillir mes roses à foison. Je le menais chasser au bois et sur la lande. Il couchait dans le plus beau lit de la maison, Dans mes draps de Hollande.
Mais il faut bien le dire aussi, comme un marmot Je me levais parfois grincheux, l'humeur mauvaise, Et je restais des jours entiers sans souffler mot, A bouder sur ma chaise.
Ma jalousie avait des désirs exigeants. Il jurait de n'aimer que moi seul ; mais n'importe t J'étais en rage quand il parlait à des gens Sur le pas de la porte.
Comme il me répondait par un rire moqueur, J'excitais contre lui mes colères malsaines ; Je l'appelais ingrat, oublieux, mauvais cœur ; Je lui faisais des scènes !
Si bien qu'un triste soir où je l'avais blessé, Ses yeux ayant pleuré, la porte étant ouverte, Il est parti sans rien me dire et m'a laissé Dans ma maison déserte.
Je crus qu'il reviendrait. Sans doute il aurait dû Mo pardonner ma faute et n'avoir pas rancune. Mais non ! Et me voilà seul comme un chien perdu Aboyant à la lune.
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