Je connais un pré rempli
De marguerites fanées,
Où, parmi les solanées,
Pousse l'herbe de l'oubli.
Cette fleur au suc étrange
Verse le sommeil épais
Et procure un peu de paix
Au malheureux qui la mange.
Lorsqu'un loup vorace mord
Un agneau, la pauvre mère
En broutant la plante amère
Plus ne pense à l'enfant mort.
Contre la voix carnassière
Du vieux souvenir vainqueur
Qui hurle au fond de mon cœur,
J'ai cueilli l'herbe sorcière.
Dans le plus grand plat qu'on eût
Je l'ai mangée en salade.
Je me suis rendu malade ;
Mais l'oubli n'est pas venu.