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1877

L'ARMADA

Jean RICHEPIN

Sur une mer cramoisie Aux feux roses du levant Quand j'ai lancé dans le vent Les nefs de ma fantaisie,

Tous ces bateaux amoureux, Plus frais qu'une matinée, Sur la vague satinée Avaient un ciel fait pour eux.

Ils voguaient à pleines voiles, Et les chants des matelots Faisaient sourire les flots Et se pâmer les étoiles.

Tous les parfums de l'avril Doraient l'azur sur leurs têtes. Ils ignoraient les tempêtes, Et la peur, et le péril,

Et les trombes abhorrées, Et le mistral, et l'autan, Et les banquises flottant Sous l'haleine des Borées.

Mais un jour de noirs soupçons. De jalousie et de rage, La grande voix de l'orage A fait taire leurs chansons.

La mer, comme une mégère Bondissant les crins épars, Aux vagues, ces léopards, Jeta la flotte légère.

Et, meurtris sur les écueils. Mes bateaux sans mâts ni voiles Font sous les pleurs des étoiles Une armada de cercueils.

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