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1894

IL ÉTAIT UNE FOIS

Jean RICHEPIN

Il était une fois jadis Trois petit gueux sans père et mère. C’est sur l’air du de profundis Qu’on chante leur histoire amère.

Ils avaient soif, ils avaient faim, Ne buvaient, ne mangeaient qu’en rêve. Quand ils arrivèrent enfin À demi-morts sur une grève.

L’Océan leur dit : — C’est ici Que va finir votre fringale. Mangez ! Buvez ! Chantez aussi ! Soyez gais ! C’est moi qui régale. —

Et les trois pauvres goussepains Qui n’avaient jamais vu de grève, Ont contemplé des pains, des pains, Et de l’eau, plus que dans leur rêve.

Sans chercher, sans se déranger, Ils avaient la table servie, De quoi boire et de quoi manger Tout leur soûl et toute leur vie.

Hélas ! les jolis pains mollets À la croûte ronde et dorée, C’était le désert des galets Jaunis par l’or de la soirée.

L’eau claire et pure, l’eau sans fin, C’était l’eau de la plaine amère. Ils sont morts de soif et de faim, Les trois petits sans père et mère.

Cette histoire est du temps jadis. Une vague me l’a narrée Au rhythme du de profundis Que leur chante encor la marée.

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