Il était une fois jadis
Trois petit gueux sans père et mère.
C’est sur l’air du de profundis
Qu’on chante leur histoire amère.
Ils avaient soif, ils avaient faim,
Ne buvaient, ne mangeaient qu’en rêve.
Quand ils arrivèrent enfin
À demi-morts sur une grève.
L’Océan leur dit : — C’est ici
Que va finir votre fringale.
Mangez ! Buvez ! Chantez aussi !
Soyez gais ! C’est moi qui régale. —
Et les trois pauvres goussepains
Qui n’avaient jamais vu de grève,
Ont contemplé des pains, des pains,
Et de l’eau, plus que dans leur rêve.
Sans chercher, sans se déranger,
Ils avaient la table servie,
De quoi boire et de quoi manger
Tout leur soûl et toute leur vie.
Hélas ! les jolis pains mollets
À la croûte ronde et dorée,
C’était le désert des galets
Jaunis par l’or de la soirée.
L’eau claire et pure, l’eau sans fin,
C’était l’eau de la plaine amère.
Ils sont morts de soif et de faim,
Les trois petits sans père et mère.
Cette histoire est du temps jadis.
Une vague me l’a narrée
Au rhythme du de profundis
Que leur chante encor la marée.