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1881

IDYLLE SANGLANTE

Jean RICHEPIN

Ah ! ah ! voulez-vous-t-y l’histoire D’la Margot et du grand Frisé ? Oh ! oh ! l’ Frisé aimait à boire ; Margot itou, mais d’ l’aut’ côté.

Margot mit sa cotte et ses bas, Et s’en alla là-bas, là-bas. Ah ! ah ! c’était sous l’ blé en meule Qu’ Margot choutait l’aut’, son amant.

Oh ! oh ! l’ Frisé, du vin plein l’ gueule, Vint près d’la meule au bon moment. Sa cott’ trousse’ plus haut qu’ ses bas, Margot riait là-bas, là-bas.

Ah ! ah ! qu’ell' disait, comm’ c’est farce ! Mon cocu s’emplit, j’ peux m’emplir. Oh ! oh ! cria l’ Frisé, ma garce, Tu es trop chaud’, j’vas te rfroidir.

Margot j’ta sa cott’ sur ses bas Et s’ensauva là-bas, là-bas. Ah ! ah ! l’amant, qu’était point brave, Laissa Margot avé’ l’ Frisé.

Oh ! oh ! l’Frisé, mâchant d’la bave, Tira son custach’ raiguisé. Margot dans sa cotte et ses bas S’empiergeonna là-bas, là-bas.

Ah ! ah ! la pauv’ Margot la belle, Elle eut dans le cou le couteau. Oh ! oh ! l’ Frisé guincha sur elle Et puis s’lava les patt’s dans l’eau.

Margot sur sa cotte et ses bas A mis du sang là-bas, là-bas. Ah ! ah ! dit l’Frisé, te v’là morte ! Et l’ grand niqu’doul’ s’mit à pleurer

Oh ! oh ! qu’il chialait, faut qu’ j’emporte Un bout d’souv’nir pour l’adorer. Et prenant la cotte et les bas, Il est parti là-bas, là-bas.

Ah ! ah ! personn’ ne sait c’ qu’il fiche Depuis qu’il roul’ par les grands chʼmins. Oh ! oh ! p’t et’ qu’il est merlifiche, Va-trop d’chartier, ou tend-la-main.

Mais il a la cotte et les bas Pou’ s’ consoler là-bas, là-bas.

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