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1894

FLORÉAL

Jean RICHEPIN

Des fleurs, des fleurs, des fleurs, des fleurs Des fleurs de toutes les couleurs, Innombrables, grosses, petites, À pleins regards, à pleines mains,

Œillets, roses, genêts, jasmins. Lilas et clématites ; Des fleurs qui pleuvent par ruisseaux ; Des fleurs s’écroulant en monceaux

Qui font se crever les corbeilles ; Des fleurs à parer tous les seins ; Des fleurs à soûler les essaims De toutes les abeilles ;

Des fleurs, des fleurs, des fleurs, des fleurs Les plus fous y trouvent les leurs. C’est leur rêve qui les colore. Et tout cela dans un jardin

Qui s’est épanoui soudain Comme il venait d’éclore. C’est un jardin tout grand ouvert, Au gazon toujours frais et vert.

Le jardin de la mer fleurie, Où l’aube en robe de satin Fait sous ses pas chaque matin Naitre cette féerie ;

Où vient à son tour chaque soir En robe de velours s’asseoir Le couchant semeur de prestiges ; Jardin au sol miraculeux

Où poussent des dahlias bleus Et des roses sans tiges ; Jardin aux trésors indulgents, Où les songeurs, les pauvres gens,

Le marin triste et solitaire, Tous les gueux, tous les malchanceux, Font des bouquets plus beaux que ceux Qu’on cueille sur la terre ;

Jardin de l’aube et du couchant Dont jamais sous l’hiver méchant Ne meurt la couronne fanée ; Jardin du printemps idéal

Où l’on voit deux fois Floréal Dans la même journée !

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