— L’antique, disais-tu. peuh ! c’est froid comme glace.
On le respecte pour l’avoir appris en classe ;
Mais c’est un préjugé, sois-en bien convaincu.
Jamais rien de précis, de réel, de vécu.
Il nous faut du détail, et point de rhétorique.
Tes anciens… — Mon ami, tu n’es qu’une bourrique !
… Sous une hutte au toit de joncs entrelacés,
Aux parois de feuillage, ensemble et harassés
Dormaient deux vieux pêcheurs sur un lit d’algue sèche.
A côté d’eux gisaient leurs instruments de pêche,
Petits paniers, roseaux, lignes, forts hameçons,
Appâts que le fucus doit cacher aux poissons,
Verveux, nasses d’osier au fond en labyrinthe.
Deux rames, de leurs doigts calleux gardant l’empreinte,
Puis une barque usée, à plat sur des rouleaux.
Leurs hardes avec leur bonnet de matelots,
Une natte, et voilà le chevet de leur tête.
C’est de ce pauvre peu que leur fortune est faite.
C’est là tout l’attirail des pêcheurs, tout leur bien.
Rien de plus. Et leur seuil n’a ni porte ni chien.
À quoi bon ? C’eût été de la peine perdue.
Pas de voisins ! Partout, autour d’eux, l’étendue.
La hutte est toute seule et la mer à côté.
Et ce qui les gardait, c’était leur pauvreté.
— Hein ! qu’en dis-tu ? Comment trouves-tu la peinture ?
Voyons, est-ce précis, réel, vécu, nature,
Détails sans rhétorique et mots sans tralala ?
Franchement, fait-on mieux aujourd’hui que cela ?
Or, sauf un trait, l’étude est mot à mot transcrite.
Idylle vingt et un, de l’aïeul Théocrite.