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1881

ÉPITAPHE POUR N’IMPORTE QUI

Jean RICHEPIN

On ne sait pas pourquoi cet homme prit naissance. Et pourquoi mourut-il ? On ne l’a pas connu. Il vint nu dans ce monde, et, pour comble de chance, Partit comme il était venu.

La gaîté, le chagrin, l’espérance, la crainte, Ensemble ou tour à tour ont fait battre son cœur. Ses lèvres n’ignoraient le rire ni la plainte. Son œil fut sincère et moqueur.

Il mangeait, il buvait, il dormait ; puis, morose, Recommençait encor dormir, boire et manger ; Et chaque jour c’était toujours la môme chose, La même chose pour changer.

Il fit le bien, et vit que c’était des chimères. Il fit le mal ; le mal le laissa sans remords. Il avait des amis ; amitiés éphémères ! Des ennemis ; mais ils sont morts.

Il aima. Son amour d’une autre fut suivie, Et de plusieurs. Sur tout le dégoût vint s'asseoir. Et cet homme a passé comme passe la vie : Entrez, sortez, et puis bonsoir !

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