Tous les gens de Paris sont partis.
Les flots et l’écume qui moutonne
Ne font plus en esclaves gentils
Le travail grotesque et monotone
De baigner ces hideux ouistitis.
La plage est à toi, brise d’automne.
Doucement, en sons clairs et lointains,
Tu flûtes tes chants et tes murmures
Oui se sont parfumés dans les thyms.
Dans les foins tondus, dans les ramures,
Et dans les frais sentiers clandestins
Fleuris de baisers, saignants de mûres.
Souffle bien sur les flots reposés,
La tiède langueur de tes paresses.
Souffle-leur cette odeur de baisers
Où s’endort le cri de leurs détresses.
Souffle bien sur les flots apaisés,
Douce haleine en fleurs qui les caresses.
Souffle encor, douce haleine du vent
Qui viens des coteaux et de la plaine.
Souffle encor ; car la mer bien souvent
Contre nos laideurs de rage est pleine.
Toi qui sais l’accoiser en rêvant,
Souffle-lui ton âme, ô douce haleine.
Tu calmis, douce haleine des champs,
La vague en courroux qui déblatère ;
Tu lui fais oublier les méchants
Qui troublaient sa rive solitaire ;
Et la paix se conclut par tes chants,
La paix de la mer avec la terre.