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1881

BALLADE POUR LES PAUVRES PETITS PIERROTS

Jean RICHEPIN

La neige tient, décidément. Àpeine le soleil s’allume Vers midi, dans le firmament Couleur de suie et de bitume.

On fait bien du feu ; mais ça fume ! Les glaçons brouillent les carreaux. Quel temps, ce froid dans cette brume, Pour les pauvres petits pierrots !

Quand on va dehors un moment À travers l’onglée et le rhume, On en voit tomber lourdement, Comme un caillou dans de l’écume,

Sur la neige qui les inhume. Sa blancheur les rend tout noirauds. L’hiver dans la mort se résume Pour les pauvres petits pierrots.

Dans les mansardes mêmement Il en est d’autres que consume L’ogre, de chair fraîche gourmand. Des bébés, que l’on a coutume

D’emmailloter en blanc costume, Gèlent tous nus sous des sarraux. Leurs mères sont dans l’amertume Pour les pauvres petits pierrots.

Prince, tu te sers, je présume, D’édredons. Fais-y des accrocs Et tires-en un peu de plume Pour les pauvres petits pierrots.

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