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1881

BALLADE DE NOËL

Jean RICHEPIN

C’est vrai qu’il vient, et qu’on le crie ! Mais non sur un clair olifant, Quand on a la gorge meurtrie Par l’hiver à l’ongle griffant.

Las ! avec un râle étouffant Il est salué chaque année Chez ceux qu’il glace en arrivant, Ceux qui n’ont pas de cheminée.

Il paraît, la mine fleurie, Plus joyeux qu’un soleil levant, Apportant fête et gâterie, Bonbons, joujoux, cadeaux, devant

Le bébé riche et triomphant. Mais quelle âpre et triste journée Pour les pauvres repus de vent, Ceux qui n’ont pas de cheminée !

Heureux le cher enfant qui prie Pour son soulier au nœud bouffant, Afin que Jésus lui sourie ! Aux gueux, le sort le leur défend.

Leur soulier dur, crevé souvent, Dans quelle cendre satinée Le mettraient-ils, en y rêvant, Ceux qui n’ont pas de cheminée ?

Prince, ayez pitié de l’enfant Dont la face est parcheminée. Faites Noël en réchauffant Ceux qui n’ont pas de cheminée.

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