Pauvres voyageurs las qui vont cherchant fortune.
Des oiseaux de passage au mât se sont posés,
Et leur chant retentit par les airs accoisés
Dans la hune.
Vers son pâle amoureux gonflant sa gorge brune,
La mer envoie au ciel ses vœux inapaisés.
Des lèvres de ses flots monte un vol de baisers
À la lune.
Pauvres voyageurs las, vous trouverez fortune.
Vous oublierez vos maux aux pays embrasés,
Là-bas ! Et c’est de quoi si gaîment vous causez
Dans la hune.
Mais toi, mer, à quoi bon gonfler ta gorge brune ?
De l’astre qui te fuit tes beaux seins méprisés
Se soulèvent en vain vers les lointains baisers
De la lune.
Heureux le simple cœur qui va cherchant fortune
Avec des rêves sûrs d’être réalisés !
Il est joyeux ainsi que ces oiseaux posés
Dans la hune.
Moi, j’ai, comme la mer gonflant sa gorge brune.
D’impossibles désirs, des vœux inapaisés,
Et je prodigue aussi d’inutiles baisers
À la lune.