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1894

AU CIMETIÈRE

Jean RICHEPIN

Heureux qui meurt ici Ainsi Que les oiseaux des champs ! Son corps près des amis

Est mis Dans l’herbe et dans les chants. Il dort d’un bon sommeil Vermeil

Sous le ciel radieux. Tous ceux qu’il a connus, Venus, Lui font de longs adieux.

À sa croix les parents Pleurants Restent agenouillés ; Et ses os, sous les fleurs,

De pleurs Sont doucement mouillés. Chacun sur le bois noir Peut voir

S’il était jeune ou non, Et peut avec de vrais Regrets L’appeler par son nom.

Combien plus malchanceux Sont ceux Qui meurent à la mé, Et sous le flot profond

S’en vont Loin du pays aimé ! Ah ! pauvres, qui pour seuls Linceuls

Ont les goémons verts Où l’on roule inconnu. Tout nu. Et les yeux grands ouverts.

Heureux qui meurt ici Ainsi Que les oiseaux des champs ! Son corps près des amis

Est mis Dans l’herbe et dans les chants.

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