Un puits dans la roche
Où luit
Le soleil. J’approche,
Sans bruit.
Ridicule espace !
Pourtant
L’être y vit, rapace,
Luttant.
L’algue aux bras sans nombre,
Verts, roux,
Y creuse en son ombre
Des trous
Où mollusques, plantes,
Poissons,
Font en pullulantes
Moissons
Voir que ton abîme
Amer
Est grand dans l’infime,
Ô mer.
Rien que dans ce vague
Endroit,
Pour un pli de vague
Étroit,
Ô mère féconde,
Voici,
En une seconde
Saisi,
Le net et fidèle
Tableau
Vu sous la rondelle
De l’eau.
Galets, de coquilles
Couverts ;
Bigorneaux, équilles ;
Des vers ;
Anémone aux belles
Couleurs ;
Méduse en ombelles ;
Des fleurs
Qui dressent leurs têtes
Ainsi
Que des bêtes, bêtes
Aussi.
Plus haut, des crevettes
Nageant
Croisent leurs navettes
D’argent.
Dans l’or de la flaque,
Au fond,
Une sole en plaque
Se fond.
Le long de la rampe,
Au bord,
Un congre qui rampe
Se tord.
Deux crabes voraces
Au mur
Heurtent leurs cuirasses
D’azur.
Devant leurs vacarmes,
Trois plets
Trouvent ces gens d’armes
Fort laids.
Et de la bagarre
Pendant
Qu’un bernard se gare,
Prudent,
Eux sous l’onde bleue
En feu
S’en vont à la queue
Leuleu.