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1894

À LA DÉRIVE

Jean RICHEPIN

La mer pleure une cantilène Sur d’invisibles violons. Je n’aimerai plus Madeleine. Tanguis, tanguons ! Roulis, roulons !

Les nuits sont courtes, les jours longs. La mer pleure une cantilène Où passent, railleurs, des flonflons. Tanguis, tanguons ! Roulis, roulons !

Mais c’est de sanglots qu’elle est pleine. Elle et moi nous nous désolons. Les nuits sont courtes, les jours longs. Je n’aimerai plus Madeleine.

Mieux vaut courir les Madelons. Tanguis, tanguons ! Roulis, roulons ! Mais je sens passer son haleine Et vois flotter ses cheveux blonds.

Les nuits sont courtes, les jours longs. À son parfum de marjolaine J’ai frémi du crâne aux talons. Tanguis, tanguons ! Roulis, roulons !

Cheveux d’Aphrodite et d’Hélène ! Or plus roux des secrets vallons ! Les nuits sont courtes, les jours longs. Pourquoi trahir la châtelaine ?

À cause de ses yeux félons. Tanguis, tanguons ! Roulis, roulons ! La mer pleure une cantilène Où la belle et moi nous râlons.

Les nuits sont courtes, les jours longs. Je n’aimerai plus Madeleine. Tant pis ! Vieux habits, vieux galons ! Tanguis, tanguons ! Roulis, roulons !

Mon cœur est un flocon de laine Qu’emportent de noirs Aquilons. Les nuits sont courtes, les jours longs. La mer pleure une cantilène

Sur d’invisibles violons.

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