Skip to content
1897

Stances

Henri RÉGNIER

Si ta colère un soir, égorge dans ta vie Quelque cygne dormant sur l’eau des jours passés, Prends garde de revoir sur ta main avilie Le sang pur que la nuit n’aura pas effacé.

Ne trouble plus l’eau calme où se voit et se songe, Nue entre les roseaux et dans l’onde sans pli, Au reflet qui la double encore et la prolonge L’Heure à jamais vivante au lac noir de l’oubli.

Le cygne impatient, pris à l’herbe des rives, Qui s’entrave, se plaint, s’acharne et se débat. Fut peut-être, jadis, lui dont l’aile est captive, L’essor miraculeux qu’on admire d’en bas ;

Le roseau qui fut vert et jaunit dans la boue Et qui courbe sa tige où l’Avril a chanté Gémit au vent qui passe et où déjà s’enroue L’Hiver mélancolique en peine de l’Été.

Supporte au vieux miroir en larmes de la vie Ce qui vient s’y mirer silencieusement, Car chacun d’être double en un autre s’oublie Et l’Ombre, hélas ! dit vrai à l’homme qui lui ment.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
Stances · Henri RÉGNIER · Poetry Cove