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1897

Refrain

Henri RÉGNIER

Douces pensées !Douces pensées ! Comme la mer chantait, ce soir-là, sur la grèveComme la mer chantait, ce soir-là, sur la grève Le refrain éternel des Heures brèves ?Le refrain éternel des Heures brèves ? Douces pensées,Douces pensées,

Pareilles à des algues enlacées,Pareilles à des algues enlacées, Algue d’argent souple et bleui,Algue d’argent souple et bleui, Algue d’or que le flot verdit,Algue d’or que le flot verdit, Double serpent du caducée,Double serpent du caducée,

Thyrse d’oubli.Thyrse d’oubli. Joie éparse, douleurs passéesJoie éparse, douleurs passées En mes pensées.En mes pensées. Celle-là qui sourit est venue,Celle-là qui sourit est venue,

Sur sa barque de fleurs, qui penche,Sur sa barque de fleurs, qui penche, Des jours lointains de mon enfance ;Des jours lointains de mon enfance ; Je l’ai connueJe l’ai connue Assise jadis à la porteAssise jadis à la porte

De la vieille maison ouverte sur la mer,De la vieille maison ouverte sur la mer, Elle m’apporteElle m’apporte Son rire clair…Son rire clair… Le flot roule, parmi les algues,Le flot roule, parmi les algues,

Des conques d’émail et de nacre ;Des conques d’émail et de nacre ; On y entend toute sa vie,On y entend toute sa vie, On y écoute son passé vivant,On y écoute son passé vivant, Écume, marée et vent,Écume, marée et vent,

Sa joie et sa mélancolie,Sa joie et sa mélancolie, Te voici donc, ô Songeuse !Te voici donc, ô Songeuse ! Qui t’accoudes en robe pâle ;Qui t’accoudes en robe pâle ; Ta barque pleure,Ta barque pleure,

Lentement, sur la mer étale,Lentement, sur la mer étale, De tous ses avirons qui s’égouttent dans l’eau :De tous ses avirons qui s’égouttent dans l’eau : Je t’entendais jadis du fond des soirs d’ennuiJe t’entendais jadis du fond des soirs d’ennui Gémir avec le câble et la mâtureGémir avec le câble et la mâture

Et les grands et calmes oiseauxEt les grands et calmes oiseaux Dont l’aile frôle le silence,Dont l’aile frôle le silence, Je t’entends au fond des soirs d’ennuiJe t’entends au fond des soirs d’ennui Pleurer dans l’ombre où l’Heure a fuiPleurer dans l’ombre où l’Heure a fui

Avec les ailes du Silence.Avec les ailes du Silence. Douces pensées,Douces pensées, Murmure du flot sur la grève,Murmure du flot sur la grève, Remous du sable, frissons d’aile,Remous du sable, frissons d’aile,

Pas lointains et voix lointaines,Pas lointains et voix lointaines, Arabesques d’algues enlacées,Arabesques d’algues enlacées, Sang terrestre qui, de veine en veine,Sang terrestre qui, de veine en veine, Coule au granit et le fait chair,Coule au granit et le fait chair,

Douces pensées,Douces pensées, Furtives et vaines,Furtives et vaines, Qui chantez de nous dans les choses,Qui chantez de nous dans les choses, Bercez en moi les conques closes,Bercez en moi les conques closes,

Où s’endorment mes heures passées ;Où s’endorment mes heures passées ; Douces pensées !Douces pensées !

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