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1897

Pour la Porte mortuaire

Henri RÉGNIER

Si tu meurs jeune avec l’aurore à ton chevet Rose et grise et pareille à ce que tu rêvais D’un destin nuancé de tristesse et de joie, Sois heureux ! L’enfant blond et le vieillard qui ploie

Te suivront, pas à pas et la main dans la main, Quand tu viendras dormir par l’éternel chemin Dans la terre paisible et sous la blanche tombe Où sur le marbre pur roucoule une colombe ;

Et, sous la porte haute où s’allonge en chantant Le cortège fleuri qui fêle le printemps De la Mort apparue au seuil de tes années, Le tiède vent d’avril aux couronnes fanées

Effeuillera les roses blanches, une à une. Mais, si ta cendre illustre et mûre enfin pour l’urne Doit reposer dans l’ombre et la paix et la gloire, Si tu t’en vas tragique et hautain vers l’histoire

Dans l’éclair de ton glaive et l’écho de ton nom, Vas-y par quelque soir en sang à l’horizon, Grande Ombre ! et, vers la nuit, par la porte d’ébène, Passe, et que l’âpre vent d’un souffle rauque éteigne

Au poing nu des porteurs qu’il courbe sous les porches, La lueur des flambeaux et la flamme des torches.

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