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1897

Pour la Porte des Voyageurs

Henri RÉGNIER

Toi qui marchas longtemps dans l’ombre, côte à côte Avec toi-même, ô cher Voyageur, sois mon hôte ! Assieds-toi sur ma borne et secoue à mon seuil La poudre de la route où peina ton orgueil

Peut-être, et redeviens celui qui, au départ, Souriait d’être jeune et croyait partir tard, Toi qui reviens à l’heure où sortent les colombes ! L’aurore douce aux toits est douce sur les tombes,

Et tout matin est bon à qui vécut les soirs ; Oublie avec la route grise et les bois noirs, La ronce âpre, l’ortie et les sombres fontaines, Et la cendre des jours qui coule des mains vaines,

Et le manteau qui fait ployer l’épaule lourde ; Brise l’épieu d’épine et romps aussi la gourde Ou, plutôt, revenu de l’ombre où d’autres vont, Donne-leur, à leur tour, la gourde et le bâton

Et salue à jamais ceux qui passent là-bas Et qui retrouveront la trace de tes pas Sur le gravier du fleuve et le sable des grèves, Et que la nuit pour eux en étoiles s’achève

Mystérieuse sur la plaine et sur la mer ! Car c’est déjà le soir, hélas ! quoiqu’il soit clair Encor et tiède encor d’un peu de crépuscule ; Et dis adieu du seuil au voyageur crédule

Qui sans craindre le vent et l’ombre et le caillou Part à l’heure équivoque où pleure le hibou.

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