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1897

Pour la Porte des Pasteurs

Henri RÉGNIER

Avec l’aube, l’aurore et le premier soleil, Éleveurs de bétail ou trieurs de méteil, Vous entrerez, poussant en files devant vous Les grands bœufs de labour qui bavent sous les jougs,

Le bouc noir qui renifle et l’agneau blanc qui bêle. Le laboureur répond au bouvier qui le hèle ; Et les femmes s’en vont, portant sur leurs épaules Des coqs d’or enfermés en des cages de saule

Et la corbeille ronde où se gonflent les fruits ; La faux en oscillant heurte le fer qui luit Des bêches ; l’aiguillon d’épine noire touche Le foin vert qui se fane entre les dents des fourches ;

Et les gestes sont gourds et les faces sont graves Et le pied lent se hâte, alerte, ou, las, s’entrave Scandé selon le pas ou le piétinement ; Et la voix enrouée est presque un beuglement

Ou, aigre, dans l’air clair, y chevrote, et après Que, venant du pacage ou venant du guéret, La horde agreste, lourde, obèse et bestiale A passé, sabot dur ou talon qui s’étale,

Mufle qui mâche, groin qui lappe, dent qui mange, Une senteur d’étable ou des odeurs de grange. De tout ce qui passa végétal et vivant, Durent dans le matin clair et pur où le vent

Fait, entre les clous d’or de mes battants de chêne, Trembler des brins de paille ou des flocons de laine.

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