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1897

Pour la Porte des Mendiants

Henri RÉGNIER

L’âpre bise nous glace et la neige nous gerce, Notre face ruisselle en larmes sous l’averse, Car l’automne et l’hiver sont durs au mendiant Qu’on voit errer sur les routes, apitoyant

En vain celui qui passe et qui hausse l’épaule. L’hirondelle au vol vif de son aile nous frôle, Le chien aboie et mord la loque et le jarret ; On a peur de nous rencontrer dans la forêt ;

Et cependant nous sommes doux d’avoir souvent Écouté dans les vieux roseaux pleurer le vent Et d’avoir vu, hélas ! sur le mont et le bois, Tant d’aurores, hélas ! se lever tant de fois

Et tant de lourds soleils s’abîmer dans la mer… La ronce du chemin est dure à notre chair ; Jamais pour nous, jamais la pierre acariâtre Ne voulut être seuil, ne voulut se faire âtre,

Car la flamme est de l’or, et nous, nous somme nus ; De tous les malveillants nous sommes malvenus, Le loquet est rétif et la porte est fermée ; Et toi, Ville opulente, amoureuse, embaumée,

Qui t’ouvres pour la courtisane et l’astrologue, Tu gardes clos ton mur, et ta poterne est rogue Et ton féroce orgueil scelle ta dureté ; Sois maudite car j’ai, en m’en allant, jeté

Contre le noir battant de ta porte d’airain L’aumône sans pitié de ton morceau de pain !

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