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1897

Pour la Porte des Marchands

Henri RÉGNIER

Sois béni, noir portail, qu’entrant nous saluâmes ! Les coffres durs pesaient à l’échine des ânes ; Nous apportions, pour les étaler dans les cours, Ce qu’on taille la nuit, ce qu’on brode le jour,

La pendeloque claire et l’étoffe tissée. Le plus vieux d’entre nous tenait un caducée ; C’était le maître exact des trocs et des échanges, Et la gourde bossue et les perles étranges

Se mêlaient dans nos mains poudreuses, et chacun, Pourvoyeur de denrée ou marchand de parfum, Vidait son étalage et gonflait sa sacoche ; Car tout acheteur cède au geste qui l’accroche

Par un pan de la robe et le bout du manteau… Les plus petits grimpaient sur de grands escabeaux, Et le plus doucereux comme le plus retors, Le soir, comptait et recomptait sa pile d’or,

En partant, et chacun, pour qu’à l’ombre des haies Les détrousseurs d’argent qui guettent les monnaies Ne nous attendent point sur la route déserte, Ô porte ! et pour qu’un dieu fasse nos pas alertes,

Chacun, sans regarder celui qui va le suivre, Cloue à ton seuil de pierre une pièce de cuivre.

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