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1897

Pour la Porte des Comédiennes

Henri RÉGNIER

Le chariot s’arrête à l’angle de mon mur. Le soir est beau, le ciel est bleu, les blés sont mûrs ; La Nymphe tourne et danse autour de la fontaine ; Le Faune rit ; l’Été mystérieux ramène

À son heure la troupe errante et le vieux char, Et celles dont le jeu, par le masque et le fard, Mime sur le tréteau où pose leur pied nu La fable populaire ou le mythe ingénu

Et l’histoire divine, humaine et monstrueuse, Qu’au miroir de la source, au fond des grottes creuses, Avec leurs bonds, avec leurs cris, avec leurs rires, La Dryade argentine et le jaune Satyre

Reprennent d’âge en âge à l’ombre des grands bois. Venez ! l’heure est propice et la foule est sans voix, Et l’attente sourit déjà dans les yeux clairs Des enfants et des doux vieillards, et, à travers

Ma porte qui, pour vous, s’ouvrira toute grande, Hospitalière et gaie et lourde de guirlandes, Je vous vois qui venez, une rose à la main, Avec vos manteaux clairs et vos visages peints,

Toutes, et souriant, avant d’entrer, chacune Met le pied sur la borne et lace son cothurne.

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