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1897

Passé

Henri RÉGNIER

Les bons vergers aux pommes mûres, Les beaux jardins aux fleurs de sang, Rauque ou joyeuse en ses murmures, La mer qui monte ou qui descend,

Et les jambes de l’estacade En marche, noires, sur le flot Qui gronde au roc ou dort aux rades, Lèche le sable ou mord l’îlot,

La voile blanche dans l’aurore, La voile jaune dans le soir, La proue où le soleil redore Une sirène à son miroir,

La barque qui sort ou qui rentre, Le vaisseau qui vire ou qui vient, Le câble, le filet et l’ancre, Brise de terre, vent marin !

J’ai vu les riants vergers rouges Et verts et j’ai cueilli les fleurs Que le vent âpre fait plus douces De parfum, d’âme et de couleurs ;

J’ai marché sur la mer immense Avec les longs jambages noirs De l’estacade qui s’avance Au-devant de l’aube et du soir ;

Mon esprit fut la voile agile Qui penche, s’envole et gémit, Et mon cœur a dormi dans l’île Où la sirène avait dormi.

À la grève où le passé chante Et que fuit, pour y revenir, La mer, je suis lié par l’ancre Invisible du souvenir.

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