Septembre !Septembre ! D’entre tes frères, du fond de l’an,D’entre tes frères, du fond de l’an, Qui dorment, côte à côte, et attendent,Qui dorment, côte à côte, et attendent, Visages d’ombre ou profils clairs,Visages d’ombre ou profils clairs,
Septembre !Septembre ! Tu t’es levé, heureux et lent,Tu t’es levé, heureux et lent, D’entre les heures endormies,D’entre les heures endormies, Tu t’es levé d’entre tes frères, les mois mortsTu t’es levé d’entre tes frères, les mois morts
Qui séjournent et qu’on oublie,Qui séjournent et qu’on oublie, L’un avec sa couronne d’orL’un avec sa couronne d’or Et l’autre son bandeau de feuilles mortes,Et l’autre son bandeau de feuilles mortes, Et l’autre avec son sceptre de fer,Et l’autre avec son sceptre de fer,
Et l’autre avec ses corbeilles,Et l’autre avec ses corbeilles, Et Mai, le blond, qu’en souriant réveilleEt Mai, le blond, qu’en souriant réveille Avril qui, fleur à fleur, l’enlace de guirlandes ;Avril qui, fleur à fleur, l’enlace de guirlandes ; Septembre !Septembre !
Tu t’es levé vers moi qui marchais en pleurantTu t’es levé vers moi qui marchais en pleurant Le long de l’an.Le long de l’an. Les pampres roux saignaient au-dessus de la porteLes pampres roux saignaient au-dessus de la porte De ton verger d’arbres et de vignes ;De ton verger d’arbres et de vignes ;
Les feuilles montraient l’or des fruits ;Les feuilles montraient l’or des fruits ; Le vent semblait le pas de l’heure qui s’enfuitLe vent semblait le pas de l’heure qui s’enfuit Sur les bassins d’argent que son pied égratigne,Sur les bassins d’argent que son pied égratigne, Et les Jours, à seaux clairs, puisaient au puitsEt les Jours, à seaux clairs, puisaient au puits
L’onde du Temps où se miraient leurs faces lentes ;L’onde du Temps où se miraient leurs faces lentes ; Et l’on voyait s’épanouir dans le silenceEt l’on voyait s’épanouir dans le silence Les palmes des jets d’eau et les cols blancs des cygnes.Les palmes des jets d’eau et les cols blancs des cygnes. Si j’avais su qu’ainsi, au détour de ma vie,Si j’avais su qu’ainsi, au détour de ma vie,
Tu te tenais debout, là-bas,Tu te tenais debout, là-bas, Au seuil de ton verger de vie,Au seuil de ton verger de vie, Sous tes pampres en entrelacs,Sous tes pampres en entrelacs, Avec tes fruits de pourpre et ta bouche bonne,Avec tes fruits de pourpre et ta bouche bonne,
Ô fils calme de mon Automne,Ô fils calme de mon Automne, Si j’avais suSi j’avais su Le doux chemin de tes fontaines,Le doux chemin de tes fontaines, Le doux chemin au bout des haltes de la vieLe doux chemin au bout des haltes de la vie
Si j’avais su !Si j’avais su ! Je n’aurais pas trempé mes mainsJe n’aurais pas trempé mes mains Dans la cendre des crépuscules,Dans la cendre des crépuscules, Ni heurté de mon front la porte de l’hiver,Ni heurté de mon front la porte de l’hiver,
Ni pleuré des soleils trop rouges sur la Mer,Ni pleuré des soleils trop rouges sur la Mer, Ni sangloté du chant des flûtesNi sangloté du chant des flûtes Qu’Avril rieur gonflait de son souffle nouveau,Qu’Avril rieur gonflait de son souffle nouveau, Ni compté, or à or, la chuteNi compté, or à or, la chute
Des feuilles lentes dans les eaux.Des feuilles lentes dans les eaux. Ni suffoqué de tes soirs chauds,Ni suffoqué de tes soirs chauds, Été que le Désir baise sur la bouche,Été que le Désir baise sur la bouche, Avec sa boucheAvec sa bouche
Amère et douce.Amère et douce. Mais j’aurais dit : Septembre, Septembre,Mais j’aurais dit : Septembre, Septembre, Ta douceur est là-bas qui me sourit dans l’ombreTa douceur est là-bas qui me sourit dans l’ombre Et l’Amour sur le seuil avec toi vient m’attendre ;Et l’Amour sur le seuil avec toi vient m’attendre ;
Je vois votre ombreJe vois votre ombre Double et charmante et qui s’enlace sous les pampresDouble et charmante et qui s’enlace sous les pampres Et j’entrerai,Et j’entrerai, Ô doux Septembre,Ô doux Septembre,
En tes vergersEn tes vergers De cygnes blancs, de fleurs, de fruits et de silence.De cygnes blancs, de fleurs, de fruits et de silence.
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