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1897

Métamorphose sentimentale

Henri RÉGNIER

Une rose jusqu’à tes lèvres est venue, Sois le geste que fut trop longtemps ta statue ! Les fleurs montent autour du sombre piédestal, L’aurore souriante empourpre le métal,

Et le bronze tiédit qui veut être ta chair ; Ô toi qui es debout, viens boire au fleuve clair ! Voici sourdre la vie aux veines de ton ombre ; L’été roucoule avec sa gorge de colombe

Autour du spectre dur où ton Destin s’est fait, Grave de quelque soir et lourd de quelque faix, La stature d’un rêve et le masque d’un songe Que la rouille carie et que la mousse ronge ;

Le noir enchantement de l’orgueil se dissout ; Les roses ont monté jusques à toi debout Dans l’arrogance et la posture où tu t’obstines ; Tes lèvres ont goûté l’âme des fleurs divines

Où le sang de la vie empourpre son sourire, Et voici que tu te réveilles et t’étires, Avec le geste enfin d’appeler les colombes, Au son des flûtes d’or que fait chanter dans l’ombre,

Une à une et toutes de son rire sonores, La bouche de la Vie aux lèvres de l’Aurore.

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