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1902

MARSYAS PARLE

Henri RÉGNIER

Tant pis ! Si j'ai vaincu le Dieu. Il l'a voulu ! Salut, terre où longtemps Marsyas a vécu, Et vous, bois paternels, et vous, ô jeunes eaux, Près de qui je cueillais la tige du roseau

Où mon haleine tremble, pleure, s'enfle ou court, Forte ou paisible, aiguë ou rauque, tour à tour, Telle un sanglot de source ou le bruit du feuillage ! Vous ne reverrez plus se pencher mon visage

Sur votre onde limpide ou se lever mes jeux Vers la cime au ciel pur de l'arbre harmonieux : Car le Dieu redoutable a puni le Satyre. Ma peau velue et douce, au fer qui la déchire,

Va saigner ; Marsyas mourra, mais c'est en vain Que l'Envieux céleste et le Rival divin Essaiera sur ma flûte inutile à ses doigts De retrouver mon souffle et d'apprendre ma voix ;

Et maintenant liez mon corps et, nu, qu'il sorte De sa peau écorchée et vide, car, qu'importe Que Marsyas soit mort, puisqu'il sera vivant Si le pin rouge et vert chante encor dans le vent !

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