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1897

Les Souhaits

Henri RÉGNIER

Nous allons tous les deux par des routes amies Rejoindre lentement les Ombres endormies Qui nous ont précédés dans l’aurore ou le soir ; Tu portes la colombe et moi le hibou noir,

Moi la flûte d’argent et toi la flûte d’or, Et je souris déjà lorsque tu ris encor, Et, pas à pas, et côte à côte, nous mêlons La trace, tour à tour, de nos doubles talons

Sur le sable qui cède et la terre qui croule. L’oiseau noir se lamente et l’oiseau blanc roucoule ; La fontaine où j’ai bu redevient ton miroir, Et l’Amour à jamais entre nous vient s’asseoir

Et j’embrasse sa lèvre et tu baises sa bouche. Le vent passe et frissonne entre les plumes douces De son aile étoilée et de son aile obscure ; Mais par le chemin clair ou par la route dure

Il nous mène tous deux, par la main, vers le Temps Qui fane les étés et vieillit les printemps ; Et l’Amour qui nous rit jadis sourit encor À la flûte d’argent comme à la flûte d’or,

Et rien n’empêchera la fontaine fidèle De mirer, quand nos soirs se pencheront sur elle, Parmi ses feuilles d’or et ses feuilles d’argent, Et dans son onde en pleurs que ridera le vent

Mystérieux et doux des automnes jaunies, Un laurier toujours vert à nos tempes blanchies.

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