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1897

Le Temps

Henri RÉGNIER

Le Temps aux ongles durs décharne la beauté, La bouche en se taisant, lasse d’avoir chanté, Garde au coin de son pli la ride de son rire ; Le sang caille sa pourpre aux veines du porphyre,

Et le jour devient cendre et le ciel devient marbre ; La Dryade se tord au tronc noueux de l’arbre ; La voix claire survit sournoise dans l’écho ; L’amphore se fait urne et la maison tombeau,

Et l’âme en pleurs s’enfuit sans cesse dans le vent, Et de ta chair et de ton rire et de ton sang Et du songe léger que fut ta vie éclose S’envole une colombe et s’effeuille une rose.

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