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1897

Le Réveil

Henri RÉGNIER

Tout le printemps qui chante avec tous les oiseaux. Le vent frais, le soleil encor tiède, les eaux Qui murmurent le long du sentier où l’on passe, Et le pas de l’hiver, Printemps, que tu effaces

En posant ton pied nu où pesa son pied lourd, La Tristesse qui se retourne vers l’Amour Et l’Amour embrassant, lèvre à lèvre, la Vie Qui rit mélancolique et qui pleure ravie ;

L’écho qui devient voix, l’antre qui devient bouche, Tout ce qui renaît doux de ce qui lut farouche : Le printemps, de l’hiver, la source, du rocher ; L’Espoir gai avec toutes ses flèches d’archer

Qui nous montre, en l’azur que son vol lui assigne, L’heure pure à jamais de sa candeur de cygne Qui chasse l’heure noire aux ailes de corbeau, Tout cela : le soleil, les herbes, l’aube, l’eau,

Le vent frais, la forêt chanteuse, l’arc qui vibre, C’est quelqu’un qui s’éveille et quelqu’un qui veut vivre, Adolescent debout anxieux d’être nu, Et qui sent le baiser à ses lèvres venu

De toute la nature impatiente et douce Avec l’allusion des roses à sa bouche !

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