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1902

LE REPOS

Henri RÉGNIER

Le bronze grave étreint de son sommeil pesant Ton corps au geste las et ta face verdie ; Et quelle douloureuse et douce tragédie T'a faite la statue où tu dors à présent ?

Le marbre de ton socle est rouge et l'on y sent Partout la pourpre encor d'une tache agrandie ; Est-ce la flèche aiguë ou la hache hardie Qui t'a couchée ainsi plus belle dans ton sang ?

Le bronze jaune et vert qui souffre et qui suppure, Dont s'aigrit la patine et suinte la coulure, Sculpte de ton repos un cadavre éternel ; Et la matière où tu survis te décompose ;

Mais, puisque tendre fut ton Destin ou cruel, Laisse croître à tes pieds la ciguë ou la rose.

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LE REPOS · Henri RÉGNIER · Poetry Cove