Skip to content
1902

LE PASSÉ

Henri RÉGNIER

Avec des mains de haine et de colère, Amour ! J'ai rompu rudement à mon genou farouche Le beau cep qui porta la grappe dont toujours Le goût voluptueux se ravive à ma bouche ;

Et j'ai fait, tout ce jour, des treilles de ma vie Brûler le sarment sec et la feuille séchée Pour qu'il n'en reste au soir que la cendre et la suie Qui demeurent après une vaine fumée.

Et c'est ainsi qu'avant que s'éteignît dans l'ombre Ce feu dont les tisons ont mordu la nuit sombre, O Passé, j'ai voulu que ta flamme suprême Couronnât et rougît une dernière fois,

Comme d'un éclatant et pourpre diadème, Le visage brûlant que je penchais sur toi.

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LE PASSÉ · Henri RÉGNIER · Poetry Cove