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1897

Le Passant

Henri RÉGNIER

Tu es belle d’avoir aimé secrètement — Non comme les mortels qui parlent dans le vent Et qui passent sans voir et qui n’écoutent pas L’écho mystérieux qui répond à leurs pas —

Mais, attentive et toute en toi silencieuse, La terre épanouie et la mer monstrueuse, Les sillons de la houle et les vagues du blé Et l’aurore indécise et le soir étoilé

Et le chemin qui fuit le long de l’eau qui passe, La Vie en pleurs qui rit et s’endort et que lasse La changeante saison ou le changeant amour Et l’éternel adieu et l’éternel retour ;

Et ta bouche, à jamais souriante, est éclose D’avoir été pareille au sang fleuri des roses, Et tu es belle, ô douce Amie aux yeux d’espoir, De toute ta douceur à jamais et d’avoir

Écouté, lentement, rire dans le bois frais Une flûte d’argent derrière les cyprès.

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