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1897

Le Berceau

Henri RÉGNIER

Je ne t’enverrai pas, mon fils, dans ton berceau, Pour que tes jeunes doigts rompent leurs nœuds jumeaux, Les deux serpents, tous deux nés de l’œuf du Destin, Ni pour tenter, enfant, la force de ta main,

Ni pour voir s’enrouler à tes bras endormis Les écailles d’or clair des monstres ennemis Dont ton réveil rieur eût déjoué la dent ; Non ! mais je placerai à ton chevet prudent,

Avec la talonnière et avec la cibise, Le subtil Caducée où leur ruse s’est prise Au thyrse où s’enroula leur double corps flexible, Car tu ne seras pas Hercule, ayant pour cible

Les oiseaux du Stymphale ou la laie au dur crin, Et je veux que ta vie, enfant, et ton destin Soient voués au cher dieu que coiffe le pétase ; Que pour toi l’outre s’enfle et l’amphore s’évase

Et que, par les chemins, sous tes pas sans cailloux, Naisse la douce fleur et tombe le fruit doux, Et que, le soir, au coin de la forêt, dans l’ombre, Tu t’endormes, non pas au pied du chêne sombre,

Mais sous le bouleau blanc et le blanc peuplier, Et que, lorsqu’à l’autel ton genou doit plier, Tu invoques, versant le cratère d’eau pure, Non l’Hercule hardi, mais le subtil Mercure.

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