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1902

LE BASSIN VERT

Henri RÉGNIER

Son bronze qui fut chair l'érige en l'eau verdie, Déesse d'autrefois triste d'être statue ; La mousse peu à peu couvre l'épaule nue, Et l'urne qui se tait pèse à la main roidie ;

L'onde qui s'engourdit mire avec perfidie L'ombre que toute chose en elle est devenue, Et son miroir fluide où s'allonge une nue Imite inversement un ciel qu'il parodie.

Le gazon toujours vert ressemble au bassin glauque. C'est le même carré de verdure équivoque Dont le marbre ou le buis encadrent l'herbe ou l'eau. Et dans l'eau smaragdine et l'herbe d'émeraude,

Regarde, tour à tour, errer en ors rivaux La jaune feuille morte et le cyprin qui rôde.

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LE BASSIN VERT · Henri RÉGNIER · Poetry Cove