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1897

La Sagesse de l'Amour

Henri RÉGNIER

Avant d’être de ceux qui marchent vers la Nuit, O toi qui fus l’enfant que sa jeunesse a fui Et qui, grave, t’assieds déjà, debout hier, Écoute encor, avant les fifres de l’Hiver,

Les flûtes de l’Été qui chantent dans l’Automne ; L’heure tendre là-bas embrasse l’heure bonne, Et, quand le chant se tait, au loin, tu peux entendre Ce que le bel Août dit au calme Septembre

Et ce que dit ta joie à ta mélancolie. Le fruit qui va mûrir avec sa branche plie ; C’est de la brise, hélas ! que sort le vent farouche, Mais la brise et le vent s’endorment bouche à bouche

Aujourd’hui et le bois est vert et le soir tombe, Et les flûtes dans l’ombre appellent les colombes, Et l’Été chante encor aux lèvres de l’Automne ; Le jour sera meilleur si l’aurore fut bonne ;

Le soir est plus charmant lorsque l’âme est plus douce ; Le sourire fait une rose de la bouche ; La tresse dénouée est une chevelure ; D’avoir été fontaine une eau reste plus pure.

Aime et que sur tes pas les étoiles aient lui Quand tu seras de ceux qui marchent vers la Nuit.

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