Skip to content
1902

LA COLLINE

Henri RÉGNIER

Cette colline est belle, inclinée et pensive ; Sa ligne sur le ciel est pure à l'horizon. Elle est un de ces lieux où la vie indécise Voudrait planter sa vigne et bâtir sa maison.

Nul pourtant n'a choisi sa pente solitaire Pour y vivre ses jours, un à un, au penchant De ce souple coteau doucement tutélaire Vers qui monte la plaine et se hausse le champ.

Aucun toit n'y fait luire, au soleil qui l'irise Ou l'empourpre, dans l'air du soir ou du matin, Sa tuile rougeoyante ou son ardoise grise… Et personne jamais n'y fixa son destin

De tous ceux qui, passant, un jour, devant la grâce De ce site charmant et qu'ils auraient aimé, En ont senti renaître en leur mémoire lasse La forme pacifique et le songe embaumé.

C'est ainsi que chacun rapporte du voyage Au fond de son cœur triste et de ses yeux en pleurs Quelque vaine, éternelle et fugitive image De silence, de paix, de rêve et de bonheur.

Mais, sur la pente verte et lentement déclive, Qui donc plante sa vigne et bâtit sa maison ? Hélas ! et la colline inclinée et pensive Avec le souvenir demeure à l'horizon !

Cookies on Poetry Cove

We use cookies to remember your language preference and — only with your consent — to learn how Poetry Cove is used. You can change your mind any time.
LA COLLINE · Henri RÉGNIER · Poetry Cove