Attends, pour t’en aller, souriante à ta vie, Cueillir ses fleurs de chair et ses fruits d’or vivant Et tresser les cyprès de sa mélancolie Aux roseaux de sa joie en flûtes dans le vent,
Attends que le Destin, aussi vieux que la pierre De l’antique demeure où ton sort a fleuri, Remette entre tes mains la clef hospitalière De la maison déserte et qui fut ton abri.
Et maintenant, va-t’en vers l’aurore éternelle Avec l’Espoir et, côte à côte, avec l’Amour, Et que chacun t’abrite à l’ombre de son aile Et te mène le long des routes sans retour ;
Que l’un porte à jamais la palme toujours verte Et la gourde noueuse au bout du bâton noir Et que l’autre plus grave, entre ses mains offertes, Tienne la grappe lourde et hausse le miroir.
Va-t’en. Le fleuve lent au fil de ses eaux lasses Conduira tes doux pas, et, froide à tes pieds blancs, L’onde qui refléta ton visage et qui passe Lavera leur poussière, ô Passante ! en passant.
Tu verras la mer vaste et la forêt farouche, Le courroux d’or des blés que courbe le vent clair, Et l’Été nu tendra aux lèvres de ta bouche Les fruits de l’arbre avec les conques de la mer.
Tu mordras la douceur qui jute au flanc des pêches Ivres de succulence et de maturité, Les flûtes de roseaux entre tes lèvres fraîches Craqueront sous tes dents après avoir chanté.
Tu chanteras avec les bois et les fontaines, Avec le vent qui rôde et l’eau qui rit en pleurs, Avec la dure averse et la pluie incertaine, De la première feuille à la dernière fleur.
Mais quand le grave Automne avec le Soir qu’il guide En la vieille forêt qui s’est faite d’or lourd Te montrera, fuyant, dans ta mémoire vide, L’Espoir, par le chemin où s’est perdu l’Amour ;
Entendras-tu tinter à ta ceinture noire, Parmi les roides plis de ta robe d’hiver Où se gèle d’argent l’eau pâle d’une moire, L’hospitalière Clef d’or, de bronze et de fer,
Cette Clef, qui tressaille à la main qui la porte Et qui ouvre pour ceux, hélas ! que l’heure a fuis La serrure à jamais de la suprême porte Et le ventail de l’ombre et les gonds de la nuit ?
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