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1897

L'Offrande

Henri RÉGNIER

Dans ma corbeille d’or, j’apporte à ta beauté, Silencieux, avec le geste qui les donne, La fleur de mon printemps et de mon jeune été. Si le verger fut prompt, la treille aussi fut bonne ;

Regarde dans ma main se gonfler lourdement La grappe sans défaut qu’y suspendit l’automne. Mais comme j’ai connu, hélas ! non seulement La saison de la terre et la paix des collines,

Regarde ce que j’ai dans mon panier d’argent : Voici des varechs verts et des algues salines Et des conques de nacre où murmure la mer Avec sa double voix monstrueuse et divine ;

Car j’ai connu l’écume éparse au flot amer ; L’âpre vent a battu dune aile forcenée Ma face d’ambre grave et mon visage clair ; Aube à aube, jour à jour, année à année,

J’ai cueilli la fleur pâle et la perle et le fruit Et chaque soir m’a dit qu’une aurore était née. La Nymphe m’a donné la fleur et m’a conduit Sur la grève où me tend, hors de l’eau, la Sirène

Le clair corail qui saigne et la perle qui luit. Car j’ai connu le flot et connu la fontaine, L’onde douce qui chante aux vasques en tremblant Et l’eau verte qui bave au roc qui la refrène ;

Et si mon pas hésite et s’attarde plus lent, C’est que je porte aussi une double corbeille, L’une tressée en or, l’autre faite d’argent. Accepte le fruit mûr et penche ton oreille

Sur la conque où gémit le refrain de mes jours, Tristesse qui s’endort ou douleur qui sommeille ; Voici la fleur légère et voici le fruit lourd, Accepte-les de moi pour, hélas ! en apprendre

Mon éternel Espoir en route vers l’Amour. Au-dessus de ta porte aussi je veux suspendre La flûte où j’ai chanté la douceur d’un beau soir Et le sablier vide où j’ai vu l’heure en cendre.

Mon éternel Amour en route vers l’Espoir Voue à tes douces mains, que la fleur fait divines, Avec la grappe d’or que mûrit le cep noir, La faucille terrestre et les rames marines.

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