Si le paon, la colombe, et si le cygne blanc Ont volé loin de toi et fui tes mains tendues, Regarde tournoyer les trois plumes perdues Éparses de la queue ou du col ou du flanc.
Regarde, lentement, lourde qui fut ailée, Descendre peu à peu dans le soleil jauni La plume chatoyante et la plume ocellée Et celle qui fut blanche et que rien n’a terni.
La première est tombée en l’herbe et se repose Comme pour y mourir et s’endort, et, plus haut, L’autre tremble longtemps accrochée à des roses, Et la dernière glisse et flotte encor sur l’eau.
Ramasse le bouquet des trois plumes divines Qui furent l’Orgueil rauque et l’Amour qui se plaint Et celle aussi qui souffre aux pointes des épines Et dont tu sais le nom éternel et divin.
Et va, puisque le paon, la colombe et le cygne Ont fui ta main stérile et que le jour est mort, Cueille au noir cep le sang de la mauvaise vigne Et regarde dans l’ombre éclater les yeux d’or.
Puisque les beaux oiseaux ont fui ta main ouverte, Crispe ton poing tordu et laisses-y, debout, S’y poser, tour à tour, hérissé ou inerte, Le sinistre corbeau ou le triste hibou.
Implante dans la terre et la mousse vorace Tes talons obstinés qui ne bougeront plus, Et que ta jambe prise à l’herbe qui l’enlace Sente ramper les nœuds des lierres poilus ;
Et funèbre statue au seuil de la Nuit sombre. Bouche muette aux pleurs et taciturne au cri, Dresses-y pour jamais ton geste qu’a meurtri Le bec de la ténèbre ou les griffes de l’ombre.
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